Parole Aux Élèves – Anas

Anas est un jeune homme de 24 ans au parcours non-linéaire. Après avoir obtenu son CESS, Anas s’est retrouvé seul et perdu face à la multitude de choix qui s’offraient à lui. Ne sachant que faire mais guidé par son amour pour les sciences, Anas s’est lancé en pharmacie puis s’est redirigé vers un bachelier d’enseignant en sciences avant de se retrouver en situation de non-finançabilité[1] . De telles difficultés n’ont cependant pas arrêté Anas qui est aujourd’hui diplômé d’un bachelier en chimie à finalité biotechnologie et qui entame à présent un master, en alternance, en gestion de production.

« Je me suis retrouvé non-finançable et là, ça y’est, je me suis dit « qu’est-ce que je vais faire de ma vie ? Je vais arrêter les études ? Je ne sais plus quoi faire … » du coup je me suis inscrit en promotion sociale en chimie à finalité biotechnologie, en cours du soir, et j’ai vu que c’était un bachelier professionnalisant avec des stages qui me plaisaient, des cours qui me donnaient vraiment envie, etc. Je me suis inscrit et franchement ça s’est hyper bien passé, j’ai validé chaque année avec 60 crédits et là je me retrouve
diplômé. »

Anas a su rebondir et tirer le meilleur enseignement de ses chutes. Cela n’a pourtant pas été simple au départ pour un jeune homme qui avait pris l’habitude de tout réussir jusqu’alors. En effet, c’est un parcours sans faute qui a caractérisé les primaires et les secondaires d’Anas, toujours entouré d’enseignants marquants et hors du commun. C’est d’ailleurs tout naturellement qu’Anas nous parle de Monsieur T. :

« Ce prof a déconstruit tout ce qu’on nous avait appris et dit étant petit, toutes nos conceptions de l’école. »

Un prof non-conventionnel donc, qui faisait en sorte d’intéresser et de stimuler ses élèves et qu’Anas oppose à une professeure qui l’a également marqué mais par son manque d’intérêt :

« Elle disait « Asseyez-vous, faites ce que vous voulez, simplement, si quelqu’un passe, cachez juste votre téléphone et vos écouteurs. » Elle nous laissait rentrer plus tôt, elle nous disait juste « partez doucement, ne faites pas trop de bruit, ne sortez pas par grand groupe ». »

Avec du recul, il est intéressant de se demander comment cette situation a pu avoir lieu ; quelles ont bien pu être les motivations de l’enseignante pour en arriver là ? Comment une enseignante, qui se lance certainement dans ce métier par envie et par passion se retrouve dans une telle situation ?

Heureusement, de nombreux enseignants ont également marqué Anas positivement. C’est avec la plus grande admiration que le jeune homme nous parle de sa professeure de français de 3ème secondaire, Madame J.

« Madame J., cette prof … c’était incroyable ! Elle avait toutes les qualités d’un bon prof, elle était compétente, elle ne jugeait pas, ne rabaissait jamais, elle écoutait, elle était attentive, bienveillante et elle avait toujours le sourire. Elle m’a appris plus que des cours et des notions intellectuelles, cette prof m’a appris à vivre, elle m’a appris comment être quelqu’un. Elle avait des valeurs qu’elle respectait vraiment, c’était une femme intègre, elle ne faisait rien qui n’était pas en accord avec ses principes. Elle m’a fait comprendre ce qui était vraiment important dans la vie … Je l’ai eue pendant un an et je suis encore en contact avec elle, on prend des nouvelles l’un de l’autre de temps en temps. »

Le meilleur prof selon Anas ? Un mixte entre Monsieur T. et Madame J., sans le moindre doute !

Son conseil aux profs : « Évitez d’avoir une relation élèves-prof trop hiérarchique de type « je suis le prof, je suis l’autorité et vous êtes les élèves, vous m’écoutez ». Essayez d’avoir une relation avec un échange, soyez plus comme un éducateur que comme quelqu’un ayant l’autorité sur les personnes. »

Ses mots de la fin : « Se changer pour changer le monde »

[1] En situation de « non-financabilitié », un étudiant peut se retrouver face à une université ou à une haute école qui refuse de l’inscrire car, en raison de ses nombreuses réorientations ou échecs répétitifs, elle ne reçoit plus de subsides pour son enseignement. Les étudiantes et étudiants « non financables » pour raison académique doivent introduire une demande de dérogation auprès de l’établissement pour pouvoir s’y inscrire.

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