Du Zentangle en classe

Sylvie Van den Steen & Laetitia Werquin, de la cohorte 2019 (Ubuntu) enseignent le français à la KA Emmanuel Hiel (Bruxelles) et sont co-organisatrices du projet zentangle dans leur école. 

Découvrez le projet de Sylvie et Laetitia au travers d’une interview mutuelle des deux complices. 

  • Comment t’est venue l’idée de faire du zentangle en classe? 

 Sylvie : Nous étions en pleine crise Covid. Les élèves étaient coincés sur une chaise. Il n’y avait pas de sorties scolaires. L’atmosphère en classe était parfois électrique.

En plus, dans une de mes classes de 2e année, il y avait un élève hyperactif. Il était très négatif et n’arrivait pas à gérer ses émotions. Pour cet élève, la situation devait être particulièrement invivable. J’ai alors eu l’envie de proposer le zentangle en classe pour détendre l’atmosphère.

Au départ, les élèves ont trouvé ça bizarre mais ils se sont vite pris au jeu. Nous avons alors goûté à des instants de relaxation et de tranquillité.   

L’objectif premier était vraiment d’apporter un moment de bien-être et de détente.

  • Cette année le projet est devenu plus ambitieux avec l’exposition à la clé. Quelles ont été les difficultés rencontrées ? 

Sylvie : En voyant l’intérêt des élèves pour le zentangle, j’ai alors voulu en faire un projet sur plusieurs mois – de septembre 2021 à mai 2022 et qui impliquerait plus de classes. 

Laetitia m’a rejoint très vite sur le projet et début septembre 2022, nous avions huit classes participantes c’est-à-dire plus d’une centaine d’élèves.

Au niveau financier, nous avons eu un soutien de Teach for Belgium et nous avons donc pu vite compléter notre matériel. Nous étions donc bien préparé à ce niveau-là. Au niveau logistique, le matériel zentangle prend peu de place et il est donc facile à transporter de classe en classe.

Au niveau soutien, Teach for Belgium a montré de l’enthousiasme pour ce projet et cela nous a beaucoup motivé. Au niveau de notre école, la direction a aussi montré de l’intérêt pour le projet et a directement accepté son lancement. En revanche, cela s’est limité à cela. Nous avons eu peu de soutien de la part de notre direction. Nous avons souvent dû revenir à la charge pour avoir des autorisations et ils ne sont jamais rentrés dans nos classes pour voir les élèves en action. Nous avons eu même quelques bâtons dans les roues pour réaliser la cérémonie de clôture du projet.

Je dirais que la principale difficulté était donc au niveau du soutien et de la réactivité de notre direction.

  • Qu’est-ce que le projet t’a fait découvrir d' »inattendu » cette année? 

Laetitia : Au niveau du projet-même, j’ai pris connsciece que l’idée du projet pouvait évoluer. A la base on était partie sur l’idée de faire un lien entre l’art et la poésie et finalement, on s’est rendu compte qu’on était plutôt en train de faire de la philosophie avec les élèves. Donc le projet s’est modifié en cours de route. Et pour un mieux car je pense que cette activité a vraiment permis de mettre des mots sur l’importance de persévérer, de travailler avec ses erreurs, de savourer le moment présent. J’espère que les élèves, en ayant fait cette expérience, se souviendront de ces valeurs.

  • Quel a été la « plus value » du zentangle pour les élèves ayant participé au projet selon toi? 

Laetitia : Les élèves ayant participé au projet ont découvert une autre manière de travailler. Ils ont pu ancrer leur réflexion philosophique dans leur expérience artistique. Pour certains d’entre eux, cela a été un moment de ressourcement. Des élèves m’ont dit à quel point le fait d’avoir 10-15 minutes de silence total en classe leur avait fait du bien. Faire du zentangle a aussi permis d’avoir un objectif, l’exposition, qui leur a peut-être permis d’avancer cette année. Après deux années « covid » c’était important de réintroduire un peu de légèreté dans l’apprentissage avec de la nouveauté. Enfin avec Sylvie, on a vraiment essayé de faire évoluer les séances en introduisant au fur et à mesure de la complexité dans les motifs, des couleurs et du nouveau matériel. Cela a permis aux élèves de voir qu’ils pouvaient évoluer chacun à leur rythme.

  • Que recommanderais-tu à un prof qui voudrait lancer ce type de projet dans son école? 

Sylvie : Je recommanderais de créer une atmosphère de découverte, d’attente et de surprise afin que les élèves aient envie d’en savoir plus. Avec Laetitia, nous avons fait un petit jeu de rôle dans chaque classe pour le lancement du projet.

Ensuite, pour que les élèves accrochent vraiment bien sur la durée, il faut faire un peu de théâtre et créer une atmosphère de détente et de concentration.

Avant de commencer à dessiner, il faut demander aux élèves de dégager complètement leur espace de travail. Après la distribution du matériel, on doit les inviter à respirer doucement et rappeler les règles de la méthode zentangle :

«  – En zentangle, il n’y a pas d’erreurs. Essayez de ne pas juger trop vite et négativement votre travail.

  • Vous devez prendre votre temps et vous concentrer un maximum
  • C’est un moment pour vous. Tout le monde a droit de profiter de ce moment et pour cela, nous privilégions le calme. »

Ce petit rituel doit être fait à chaque début d’atelier zentangle pour que les élèves rentrent petit à petit dans l’activité.

Celui-ci vaut pour un projet de quelques mois mais aussi pour des ateliers découvertes d’1h ou de 2h.

  • Que vas-tu retenir de cette année (en lien avec le projet)? 

Laetitia : J’ai adoré la cérémonie de clôture du projet pendant laquelle certains élèves ont dû faire des petits discours devant toutes les classes participantes. Cela a été un grand moment pour moi et eux je pense. De mon côté, cela m’a permis de voir des élèves sous un autre jour. De leur côté, cela a été un exercice oral très instructif. Plus généralement, j’ai trouvé ça super d’avoir ce moment un peu « sacré » en fin d’année avec eux. C’est très gratifiant et cela permet de clôturer l’année en beauté. J’ai vraiment pris conscience de l’importance de « célébrer » après avoir travaillé ensemble pendant des mois, surtout après ces deux années où ces moments ont manqué.

 

  • Est-ce que tu penses refaire ce projet l’année prochaine ? sous la même forme ? 

Sylvie : À l’école, j’ai l’impression qu’il y a un stress constant. Les heures n’en finissent pas et elles se ressemblent. Les élèves et les professeurs fatiguent sous ce rythme. Les professeurs doivent enchaîner et les élèves doivent gober le savoir. L’apprentissage n’est plus agréable mais est une contrainte quotidienne.

L’espace réflexion/bien-être est très réduit. Cela joue pourtant un rôle central et clé. J’ai envie de m’investir encore plus pour le bien-être à l’école des élèves comme des professeurs. Je trouve ça tellement important pour se sentir bien et apprendre sereinement. La méthode zentangle regroupe toutes ses qualités : concentration, détente, droit à l’erreur, confiance en soi … Le dessin permet aussi une certaine visibilité et permet de faire passer un message à un public. 

J’ai donc envie de continuer l’année prochaine à travailler pour plus de bien-être à l’école en utilisant la méthode zentangle et en continuant ce type de projet – même sous une autre forme.

  • Quels sont les avantages du travail en duo sur un projet comme celui-ci ? 

Laetitia : J’ai adoré contribuer à faire évoluer le projet de Sylvie et travailler en duo. Je recommande le fait de « faire équipe » à tout enseignant qui a du mal à se lancer dans un projet. Faire cela à deux, ça renforce la crédibilité du projet, son envergure et puis, c’est un soutien mutuel constant.

 

  • Est-ce que tous les élèves ont vraiment dessiné en classe et apprécié l’expérience ? 

Sylvie : Les élèves avec lesquels nous avons dessiné en classe étaient en 3e et 5e secondaire et ils ont tous dessiné. Pendant l’année, j’ai très peu entendu de « Oooo pas le zentangle ! ». En général, les élèves attendaient plutôt ce moment avec impatience : « Madaaame c’est mardi aujourd’hui, c’est le jour du zentangle ? J’ai envie de dessiner».

Après l’exposition et la cérémonie de clôture, j’ai pris le temps de parler avec chaque élève à propos du cours et aussi du projet. Sur mes 66 élèves, seulement 4 ont parlé négativement du zentangle et n’ont pas apprécié l’expérience. Pour eux, c’était une perte de temps et ils auraient préféré avoir cours « normalement ». Les autres avaient retirés quelque chose de positif de l’expérience et une grande majorité voudrait même continuer le zentangle l’année prochaine.

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